18/10/2009

Le point sur la polémique Antoine Saout


Que vaut vraiement Antoine Saout ? Cette question peut sembler absurde de prime abord au vu de la qualité des résultats enregistrés par le finistérien depuis cet été. Pourtant, il est indéniable qu´une frange significative du "milieu" pokéristique francais (et plus particulièrement parisien) ne lui reconnaît pas de légitimité particulière. Dernier exemple en date: à la très recommandable émission de radio du Club Poker, cette même question posée aux invités a généré un certain embarras. Par aileurs, chacun sait que les forums spécialisés regorgent de posts dont la tonalité varie entre scepticisme poli et franche hostilité. Et autours des bars des cercles parisiens, - où l´on sait que l´objectivité n´est pas toujours de mise -, on entend nombre de commentaires négatifs portés sur la personne de cet ex-total inconnu entré avec fracas dans le gotha du poker francais. Jalousie ou Objectivité ? Essayons d´y voir plus clair en analysant les arguments les plus souvent utilisés par les détracteurs du gambleur de Saint-Martin-des-Champs.

1) "Antoine Saout run good"

Cette hypothèse était tentante au lendemain du Main Event. On a en effet complètement oublié qu´un joueur nommé Marc Brochard avait déjà réalisé un exploit semblable (sur un field certes beaucoup plus réduit mais aussi beaucoup plus homogène) en 1998 avant de retomber dans l´oubli. Suivant cette idée, Live Poker - pourtant en général bien inspiré - n´a pas jugé utile de consacrer la une de son numéro de rentrée à Antoine Saout, lui préférant le certes excellent Ludovic Lacay, 16ème du Main Event, tant en couverture qu´en pages intérieures. Mais les semaines qui suivent vont mettre à mal cette hypothèse.

Petit retour sur l´agenda de Tonio292 aux nerfs d´acier:

Mai 2009

-> Antoine se qualifie pour les WSOP en gagnant un super-sat online sur Everest.

Juillet 2009

-> Main Event WSOP: sur un field de 6400 joueurs, il se qualifie en 8ème position pour la table finale qui aura lieu en novembre.

Août 2009

-> Barrière Poker Tour: A la Baule, devant un field réduit (une habitude chez Barrière) de 56 joueurs, Antoine termine 5ème.

Septembre 2009

-> SPT Villamoura: A l´occasion de cette étape portugaise du SPT, AS, chip-leader au terme du Day 1, termine ITM 13ème sur un field de 103 joueurs.

-> Finale PPT : Chip-leader pendant presque 3 jours, Antoine, au terme d´une main controversée qui l´a opposée à Michael Tureniec, termine encore une fois ITM, 30ème sur 261.

-> WSOP Europe: Invraisemblabe back-to-back d´Antoine qui réussit l´exploit de se qualifier pour la table finale du pendant européen du Main Event des WSOP devant un field relevé de 332 joueurs. Il terminera 7ème. [A noter les coïncidences suivantes tout à fait étranges: en plus de Saout, James Akenhead, autre November 9, s´est également qualifié pour cette finale (bravo au passage au magazine Bluff Europe qui lui avait consacré sa une dès le mois de mai!). On y a retrouvé aussi Barry Schulman, qui n´est autre que le père de Jeff Schulman, qui disputera la finale du Main Event en Novembre !... ]

Octobre 2009

-> WPT Marrakech: Antoine termine une nouvelle fois ITM, 40ème sur un field de près de 400 joueurs.


Il me semble que les deux seuls tournois (en dehors des éventuels sides) où Tonio292 n´ait pas terminé ITM depuis le mois de juillet aient été les deux EPT de Barcelone en Septembre et de Londres début Octobre.

Soit un total complètement hallucinant de 6 ITM sur ses 8 derniers tournois live, dont 3 tables finales. Sans même prendre en ligne de compte ce dernier aspect, quell eest la probabilité pour qu´un joueur random réalise 6 ITM sur 8 tournois disputés? Réponse: moins d´une chance sur 100.000. Quelle est la probabilité pour arriver en table finale des deux Main Event des WSOP(E) la même année? Moins d´une sur 1000.

La conclusion est simple: il faut être soit très mauvais en calcul, soit particulièrement de mauvaise foi pour continuer à prétendre que les résultats d´Antoine Saout seraient dûs à de la chance. C´est aujourd´hui tout simplement mathématiquement impossible.


2) "Antoine Saout est prétentieux"

Antoine Saout n´appartient à aucune chapelle. "Il n´a pas la carte", on dirait dans le monde de la presse. Lors de son irruption sur la scène internationale, Antoine n´était ni un membre historique de Club Poker, ni un wameur, ni un régular des cercles parisiens, ni un joueur sponsorisé. Doté d´un naturel discret et calme, il n´a pas la tchatche et le sens de la répartie des joueurs médiatiques. Il faut en réalité connaître cette région rugueuse qu´est le Nord-Finistère pour appréhender la psychologie de Saout: là-bas les gens y sont traditionnellement directs et francs - au risque parfois de brusquer -, humbles mais détérminés et totalement étrangers à l´esbrouffe, l´impulsivité et à la frime. Dans ce contexte, beaucoup ont particulièrement mal interprété ses commentaires au micro de Winamax le soir même de sa qualification pour la finale des WSOP: "Je n´ai pas trouvé le niveau terrible". S´il a en effet exprimé des doutes sur le niveau d´un field que tous les spécialistes s´accordent à qualifier au minimum de très hétérogène; il serait honnête de préciser la suite de ses commentaires, où il estime que les fields EPT sont relevés et vont lui permettre de faire progresser son poker.

L´une des clés du personnage réside peut-être dans cette déclaration passée presque inapercue: "Pour moi, le poker n´est ni un loisir ni une distraction". Je m´en étais apercu.

En guise de conclusion, je vous fait part de ma conviction profonde: l´irruption d´Antoine Saout est un phénomène pokéristique de première importance et je n´hésite pas à le situer - en ce qui concerne le poker de tournoi live - tout près d´Elky, Arnaud Mattern et Ludovic Lacay dans le groupe des meilleurs joueurs francais. C´est-à-dire bien au-dessus de tous ses détracteurs.

07/10/2009

Bilan provisoire sur FullTilt

Cela fait exactement 8 mois que j´ai décidé de jouer exclusivement sur FullTilt en me centrant sur les SNG. Mon objectif était de monter une bankroll qui me permette de jouer des SNG à $20. Le bilan est plutôt mitigé. Je joue aujourd´hui essentiellement des SNG 'a $5, avec un ROI positif à cette limite, mais qui ne me permet pas pour l´instant de passer aux niveaux supérieurs. Je pense avoir progressé au fil de ces 2500 parties jouées essentiellement en multitablant 12 puis 9 puis 6 tables. Mais j´ai également remarqué que le niveau général des adversaires monte également très vite. Le graphique ci-desssous décrit l´évolution de mes résultat au fil du temps.


Le résultat est positif de $84. On note que le ROI global est vraiment faible (environ 3%), surtout en raison d´une première phase de 1000 SNG perdante à -$100 avant ensuite de regagner un peu moins de $250 en 1500 parties. J´évalue le ROI des 1500 dernières parties à environ 6%, ce qui reste relativement marginal. Je continue de jouer sans tracker, je ne sais pas si c´est une grosse erreur ou non; je pense que je devrais de toute facon avoir un edge clair à toutes les limites précedemment mentionées sans l´aide de ce type d´outil.

Ce que j´ai changé dans mon jeu depuis le début de cette phase:
- je ne joue plus AJ ou AQ - suited ou non - en début ni même en milieu de parole preflop.
- je relance une partie beaucoup plus importante de mes boutons en vol de blindes.
- d´une manière générale, je privilégie le jeu en position.

Il reste certainement de nombreux leaks dans mon jeu, mais ils restent pour l´essentiel à découvrir. L´un d´entre eux est, je crois, ma facon de jouer les tirages, où je ne suis pas parvenu à trouve le bon équilibre en fold / call et raise en position ou non.

Pour faire un bilan comptable fidèle, il faut également prendre en compte :

- $69 perdus dans les quelques (27) MTT auxquels j´ai participés. Ce chiffre n´est bien sûr par significatif vu le très faible numeros de tournois joués.

- $202 gagnés en rakeback (deal à 27%)

- $125 de bonus de bienvenue (équivalent premier dépôt)

- $30 de bonus de parrainage.

Soit un total exact de + $372.


Mes objectifs pour fin 2009:

1) M´installer aux SNG à $10. Pour cela, monter de $84 à $500...

2) Me centrer en parallèle sur les MTT à basse limite et obtenir un ROI positif aux limites comprises entre $1 et $3.

A noter que, depuis environ 500 parties, une partie significative des SNG joués l´a été en configuration 18, 27 ou 90 joueurs; ce qui me permet de glisser peu à peu de la philosophie SNG à celle propre aux MTT.

Prochain bilan fin 2009.

05/09/2009

Field de qualité à l´EPT de Barcelone

En compétition cette année avec la finale du Partouche Poker Tour et le WPT chypriote, l´EPT de Barcelona, s´il n´est plus le rendez-vous incontournable du début de saison des autres années, n´en demeure pas moins un événement de choix capable d´attirer un field incroyablement relevé.

Apercus par exemple aux tables entre hier et aujourd´hui (day 1A & 1B): les champion et vice-champion du monde en titre Peter Easgate et Ivan Demidov,

Peter Eastage et Daniel Negreanu

Ivan Demidov

le tenant du titre Stefan Ruthenberg, des stars internationales telles que Arnaud Mattern, Daniel Negreanu, Elky, Dario Minieri, Marcel Luske, Scotty N´Guyen, Michael Mizrachi, David Williams, Roland de Wolfe, Freddy Deeb,

Boris Becker et Elky

avec Arnaud Mattern, à présent dans la team PokerStars pro France

des challengers de haut niveau que sont Mike McDonald, Johnny Lodden, Dragan Galic, Davidi Kitai, Lex Veldhuis, des people comme Patrick Bruel, Boris Becker et Kool Shen. Et l´énigme du moment, le ténébreux Antoine Saout.

Antoine Saout (AS) et Patrick Bruel (p14b)

Le finaliste francais du Main Event des World Series 2009, a littéralement spewé sa finale du Partouche Poker Tour hier après-midi à Cannes en allant s´empaler pour un total de 110 BB avec une simple paire contre la couleur river de Michael Tureniec, réduisant à néant un chip-lead quasi-permanent depuis le début du tournoi. On l´a dit en tilt, particulièrement frustré de ce move dramatique. Eh bien le morlaisien a pris immédiatement la direction de Barcelone pour se présenter aujourd´hui au day 1B de l´EPT. Et d´après ce que j´ai pu voir; il n´est pas venu pour plaisanter. Le regard sombre et les traits tirés, d´un calme presque inquiétant, le gambler de St-Martin-des-Champs n´a pas tardé à s´engager agressivement dans des coups toujours longball. Par exemple en valuebettant (avec succès) toutes les streets avec QT sur un board QT5-2-K dans un pot limpé puis 3-betté par son adversaire pre-flop. "Je savais qu´il avait les As". Bien vu. Et ce coup contre Patrick Bruel: AS calle au bouton et p14b relance en SB. BB se couche et AS calle. Flop Q22. Bruel mise, AS calle. Turn 7. Bruel envoie un deuxième barrel, tandis qu´AS le sur-relance. Fold de Bruel. AS montre alors ATo. Le regard est dur et le message clair; le poker selon Antoine Saout - intense et intimidant - est tout sauf une partie de plaisir.

31/08/2009

Petite métaphysique du poker de tournoi

Lorsque j´ai commencé à m´intéresser sérieusement au poker, il y a environ 4 ans, il y a un aspect du jeu qui m´a légèrement rebuté: la place faite au hasard. Plus concrètement, le fait que le hasard puisse compenser le manque d´aptitude d´un joueur sur une main. Le fait que l´on puisse remporter un tournoi presque sans savoir jouer. Ou encore qu´il semble acquis que le vainqueur des championnats du monde soit tous les ans un joueur amateur ou un professionnel anonyme. Imagine-t-on un amateur vainqueur à Roland-Garros ? Une équipe de quartier remporter le Superbowl ? Dans les deux cas ils n´auraient bien entendu même pas l´opportunité de concourir. Encore plus concrètement, ayant une expérience préalable des jeux et des sports où la place faite au hasard est très faible (échecs, bridge; tennis, tennis de table), j´ai d´abord assez mal accepté le fait que je puisse me retrouver out d´un tournoi de poker en perdant un 80/20 (JJ vs 66 preflop) voire un 70/30 (QQ va A7 preflop).

Les jeux et sports sus-cités sont dits "à information complète". Dans ces disciplines, il existe le concept de "meilleur coup", et celui-ci est toujours le plus profitable quand au poker ce qui semble être "le meilleur coup" peut vous faire sortir du tournoi. J´imaginais alors un nouveau poker dans lequel le coup s´arrête lorsque les joueurs sont à tapis et où le joueur qui a les meilleures probabilités de remporter le pot s´en empare immédiatement, sans laisser de place au tirage des cartes... Et puis je me suis rendu compte de trois choses fondamentales, que je vous présente par ordre croissant d´importance:

1) En réalité, au poker aussi la meilleure décision est aussi la plus profitable... du moins - en fait uniquement avec certitude - sur le long terme. Un coup joué à 70/30 sera globalement profitable sur le long terme, il faut simplement accepter de le perdre dans 30% des cas. La notion de long terme une fois assimilée - c´est-à-dire essentiellemt une fois qu´on en a tiré toutes les conséquence au niveau de sa gestion de bankroll - fait baisser l´importance du hasard à un niveau à peu près acceptable.

2) Sur le court terme le fait de pouvoir perdre (ou gagner) des coups alors que l´on est grand favori ou outsider provoque des sentiments (joie, frustration, injustice) qui constituent l´une des richesses fondamentales du jeu dans la mesure où elles ne se retrouvent avec ce niveau d´intensité que dans peu de discplines sportives ou ludiques.

3) Le succès invraisemblable que rencontre le poker de tournoi s´explique par un fait peu commenté à mon goût mais que je pense fondamental qui est que ce jeu est celui qui se rapproche le plus de ce que l´on pourrait appeller "le jeu de la vie". Dans ce dernier, on naît avec un certain capital qu´il va falloir utiliser au mieux dans chaque situation. Chaque instant de la vie est le théâtre d´une prise de décision qui s´effectuera fatalement à partir d´une somme incomplète d´information. Où les meilleures décisions dans une situation donnée ne garantiront presque jamais le succès immédiat. Où la survie est à la fois la condition et l´objectif. Où, pour espérer un fort rendement ou un fort résultat, on doit bien souvent prendre des risques, mais en ayant préalablement identifié le meilleur moment et le meilleur endroit pour le faire. Où l´on ne devrait jamais s´engager sur un chemin incertain sans avoir pensé à des solutions alternatives. Où l´on ne devrait jouer son va-tout que lorsque l´on a presque plus rien à perdre.

Chaque individu a sa propre philosophie de vie et le poker de tournoi est me semble-t-il le jeu qui permet le mieux de se mettre en jeu soi-même, de par l´incertitude fondamentale induite par le hasard i.e les événements incontrôlables.

J´ajoute une chose: d´un point de vue personnel, j´ai noté que depuis que je jouais au poker, j´avais gagné en efficacité dans le cadre de négociations commerciales ou de cas spécifiques de management. Je serais très intéressé que vous vous exprimiez sur cet article et en particulier sur la modeste théorie selon laquelle si le poker se nourrit sans nul doute des expériences de vie, la vie peut également apprendre du poker et que le poker de tournoi constitue un reflet très fidèle des mécanismes de décision individuels vitaux.

25/08/2009

Triplé lanvénécois au casino de Barcelone !

Après:

1) ma table finale au 55 € freezeout de Peralada en mars;
2) ma seconde place sur 10 au Sit´N´Go à 100 € du casino de Barcelone en mai;
3) plusieurs finish autour entre la 20éme et la 30ème place sur 160 joueurs aux freezeout hebdomadaires dudit casino depuis le début de l´année;
4) une session fructueuse en cash-game 2-5 € live en juillet toujours à Barcelone;
5) mon recentrage online sur les MTT...

... je sentais venir la tres grosse perf.

Elle ne viendra pas cette fois-ci meme si je termine ITM à une très honorable 13ème place sur 164 joueurs.


Kiki et Edern : la relève du poker lanvénécois semble assurée.

Il faudra surtout retenir l´invraisemblable anomalie statistique que représente le triplé historique réalisé à l´occasion de ce 60 € freezeout: 2 autres lanvénécois de passage à Barcelone, sans expérience préalable du poker en live, se sont inscrits avec moi au tournoi. Bien leur en a pris puisque Kiki Bernas termine ITM à la 16ème place tandis que Edern, au terme d´un finish haletant termine 5ème ! La preuve de la très grande forme actuelle du poker nord-finistérien, dans le sillage du November 9 Antoine Saout ! ;-)

Peu de mains à raconter car mon tournoi s´est en fait résumé - comme souvent - à une gestion rigoureuse de short-stack ! Genre Eric Larcheveque à l´EPT de Copenhague 2008, quoi.

Une main intéressante toutefois: 8-handed, UTG (profil de crack online) limpe, puis 2 joueurs intercalés suivent. Je découvre AJ au bouton et relance à 5BB sur les 30BB que je possède. UTG relance alors à tapis pour 28BB et les autres joueurs foldent. Après une longue hésitation, je décide de caller car: 1) mon raise ressemble enormement a un squeeze bluff et elargit considerablement la range de Vilain. J´en exclus quasiment KK+ car le NY back-raise est vraiment très risqué sur une table à 8 moyennement active. JJ, QQ, et AQ+ également peu probable. Restent: les paires TT- (coin flip); les suited connectors (surtout KQ, QJ et JT) et peut-etre quelques broadway spéculatif, principalement KQo et AJ; range contre laquelle je suis favori. 2) les cotes sont bonnes: 23BB à rajouter dans un pot de 35BB, soit 2 contre 3. Résultat: coin-flip contre paire de 7 et je double.

Une main amusante: il me reste 7 BB, je cherche depuis dejà 2 orbites un spot pour voler blindes et antes, mais les coups sont systématiquement relancés avant moi. Enfin arrive une main non relancée alors que je suis au cut-off. Je fais semblant de regarder mes cartes et annonce solennellement "tapis". Mon image est correcte, ca devrait passer. Horreur: le bouton call, SB call aussi et BB fold apres une interminable reflexion. Je regarde alors mes cartes: J2o. Le flop tombe J96. Check généralisé. Turn 3 et river 2. Je remporte le coup aisément avec 2 paires face à AK et AQ et quadruple quasiment mon stack.


Edern en TF pour son premier tournoi live

Une leçon à retenir: le vainqueur final du tournoi s´est retrouvé à ma table en milieu de compétition en BB avec seulement 5BB derrière lui alors que j´étais en SB dans un coup multi-foldé. Je suis donc allé à tapis et il a remporté le coup en callant avec 85... face à mon 75. Comme quoi l´important dans un tournoi ça reste de survivre, et rien n´est jamais perdu. Un précepte visiblement bien assimilé en ce beau soir de juillet sur Barcelone par les représentants du pays bigouden.

27/06/2009

WPT Barcelona, en toute discrétion

Planté au beau milieu des WSOP, le WPT de Barcelone, qui a commencé hier ne pouvait bien sûr par rivaliser avec ses glorieux congénaires WPT américains. Seulement 80 joueurs ont payé le buy-in de 5300 euros pour le jour 1A, et on n´en attend pas beaucoup plus pour le 1B.


Peu ou pas de joueurs connus dans le field; tout juste les hyper-spécialiste auront-ils identifié le joueur sponsorisé Red Kings,le suédois Per Linde (en rouge sur la photo). Vu aussi, l´ultra-fantasque Jean-Noel Thorel, qui (déjà éliminé ou en chauffe pour demain?) s´apprêtait à rejoindre une table de cash-game PLO 5/10 peuplée des plus gros regulars de Barcelone. Une bonne soirée en perspective pour ces derniers.

15/06/2009

Variance: Card Dead Experience

Jeudi dernier, je suis allé au Gran Casino de Barcelona dans l´idée de jouer en cash NLHE 1-2. Le fait que je suis arrivé un peu tard conjugué à une improbable grève d´une partie des croupiers du casino ce soir-là, ont fait que la liste d´attente sur ces tables était d´au moins 2 heures.

Part 1: SNG

Résultat, je décide de jouer un SNG de 50 euros, vu que les niveaux inferieurs (30 et 20 euros) sont proprement injouables avec une structure catastrophique et 90% de donkeys aux tables (voir mon post du 1/05/09). Hélas, la liste d´attente est également très longue, et je me fais finalement entraîner par mon collègue FCB1899 à jouer un SNG à 100 euros.

Je n´etais pas trop partant vu que la variance en SNG est très importante, et que de ce fait l´edge potentiel que je pourrais avoir sur les autres joueurs de la table ne se traduirait concrètement de manière certaine qu´au bout d´une centaine de SNG de ce type. Pour limiter légèrement la variance, je pacte un partage des gains avec FCB1899. Ce dernier finira 3ème après un donk-call à tapis avec QT face à AJ. Je termine second en ayant joué 100% "by the book" et après avoir refusé un deal en head´s up (alors que je possédais 20% des jetons, le CL me proposait 250 euros au lieu des 200 de la 2eme place pour s´en garder 550 au lieu de 600). Résultat positif donc, au total avec 100 euros de gains... à diviser par deux.


Part 2: Cash-game

Coincidence, on m´appelle finalement à la table de cash-game au moment même où se termine le SNG. Et là va commencer pour moi une expérience particulièrement éprouvante. On appelle ca dans le jargon être card dead: concrètement ne pas avoir une main jouable sur un échantillon significatif de mains. Les chiffres ? En 70 mains, je n´ai touché aucune paire et seulement une main égale ou supérieure à AJ (concrètement un AJ raisé preflop, callé par BB. CB également callé sur QT2. Check/check sur turn brique et check fold sur la value bet river brique de BB qui possédait TT).

Si l´on admet que toutes les paires se jouent (généralement vrai en cash-game) ainsi que tous les AJ+, le nombre moyen de mains de ce type recues au cours de 7 orbites (70 mains) devrait se situer autour de 8 (11% du total). Résultat: une mort assurée, mais relativement lente puisqu´il m´a donc fallu 70 mains et 3h de jeu pour perdre mes 75 BB.


Part 3: MTT

Mais ca ne s´arrête pas là !! Car ce soir je suis allé jouer le 110 euros freezeout, et au bout de 25 mains, je n´avais toujours pas touché de paire ni de AJ+ !! A ce moment là je décide de faire part de cette statistique assez surréaliste aux autres joueurs de la table ( à savoir: pas une paire recue en 95 mains). L´effet est immédiat: je touche JJ sur la main suivante. Au final, je toucherais également un AQ au milieu du tournoi (dans les 2 cas je ramasserais seulement les blindes) avant de sortir à une anonyme 44ème place sur 119 avec un all-in early position short-stack pour 5BB avec A7 justement callé par BB avec KJs qui a eu mathématiquement raison de caller en tenant compte du poids relatif des ante.

On pourra m´objecter avec raison qu´au poker (et c´est surtout vrai en cash), il y a bien d´autres cartes jouables que celles mentionnées plus haut: les suited connectors, les Ax en position, quelques 1-gappers... Je suis bien d´accord, mais il se trouve que je n´ai pas non plus réussi une seule fois à connecter le flop ni à toucher un tirage décent au cours des quelques 130 mains jouées entre la session de cash du jeudi et le MTT de ce soir !

Au total donc cette statistique assez impressionnante: je n´ai touché que 3 mains du type Paires ou AJ+ sur l´échantillon en question de 130 mains, alors que l´espérance mathématique se situait entre 14 et15. La statistique d´occurence de ce résultat est assez compliquée à calculer (il s´agit d´une combinaison, programme de maths de Terminale S pour les nostalgiques), je l´évalue cependant entre 0.5 et 1%. Une stat radicale plus simple à calculer: il y a 0,00000026% (o.89 à la puissance 130) de chances de ne toucher aucune main de ce type sur l´échantillon en 130 mains, soit approximativement une chance sur 4 milliards (!). Et sur seulement 30 mains (soit 3 orbites) ? Réponse: 3% !

En conclusion, voici une expérience qui fait réfléchir sur l´importance de la variance au poker... d´autant que ce type précis de variance (les mains de départ) ne constitue évidemment que l´un des aspects de la variance globale au poker. Et qui devrait en toute logique achever de dissuader tout joueur rationnel dont la bankroll est insignifiante de prendre part à des SNG ou à des MTT de 100 euros ! :-)