01/11/2018

Fiscalité et poker : pas facile de bluffer le Conseil d’État !

La plus haute juridiction française a rendu son verdict. Près d'une décennie après les premières investigations du fisc dans le monde du poker, la messe est dite et elle va bien sûr faire jurisprudence.




Dans son arrêté 412124, le Conseil d’État donne raison à l'administration fiscale qui cherche à imposer les revenus « significatifs » des joueurs « réguliers », même si ceux-ci occupent par ailleurs une situation professionnelle stable.

Tout joueur régulier et gagnant est donc désormais taxable sur ses gains au titre des Bénéfices Non Commerciaux (BNC). L'administration se gardant le droit d'interpréter si la fréquence de jeu en fait un joueur régulier au sens de la loi.

Autre point majeur de l'arrêté du Conseil d’État: les joueurs ne pourront juridiquement plus arguer de l'aspect « aléatoire » du jeu pour contourner le fisc. Au contraire, les Sages, dans leur délibération, estiment que « à l’inverse des jeux de hasard, les jeux d’argent comme le poker laissent au joueur la faculté de maîtriser de façon significative l’aléa inhérent au jeu, par les qualités et le savoir-faire qu’il développe. »



Dernière mauvaise nouvelle: tout joueur réguliers et gagnant en 2017 ou 2018 sera imposé à la source dès janvier 2019. Des acomptes seront prélevés directement sur le compte bancaire du joueur le 15 de chaque mois. S'il réalise une année perdante, le joueur se fera rembourser les acomptes l'année suivante. Dans l'intervalle, il stacke donc le Trésor Public... 

Les temps ont bien changé !

29/04/2018

Partouche: du rififi au "3.14"

En baisse de 18% depuis le début de l'année 2018, l'action Partouche n'est pas à la fête à la bourse de Paris. Il faut dire que la situation se tend entre le groupe opérateur de casinos et la police des jeux, dans l'affaire dite "du 3.14".


Le 3.14 est le nom de l'hôtel de luxe dans lequel Partouche a récemment déménagé son casino cannois. La police y a réalisé une "descente" le mois dernier et aurait constaté des irrégularités.  En particulier, il semble que des parties high stakes se tenaient sur des tables où les mises étaient officiellement beaucoup plus faibles. Cette malversation, si elle était avérée, aurait permis au casino de s'acquitter d'un impôt sur le produit des jeux près de vingt fois inférieur à celui effectivement dû.  

Partouche a décidé de contre-attaque sur deux fronts. Tout d'abord en suggérant que les éventuelles fraudes constatées seraient uniquement imputables à quelques croupiers corrompus, n'engageant pas automatiquement la responsabilité de l'établissement. Ensuite, et plus étonnant, le groupe a décidé de déposer une plainte contre X pour violation du secret de l'enquête et de l'instruction. 


Cette plainte vise directement la police des jeux, accusée d'avoir voulu "monter un coup", en avertissant des médias en amont (les caméras de M6 étaient présentes le soir de la "descente") et - toujours selon Partouche - "d'orchestrer une campagne de diffamation" qui aurait pour conséquence directe de mettre à mal leur capacité de financement auprès de leurs partenaires bancaires habituels. 

A la décharge de Partouche, on peut noter que l'établissement n'a pas fait l'objet d'une fermeture administrative, même si les dirigeants du casino ont eux été mis en examen pour abus de biens sociaux.

21/01/2018

Coin flips & Bitcoins

Univers de paris, de spéculation au sens propre comme au figuré, il était au fond logique que le monde du poker et celui des crypto-monnaies se rencontrent. 

 

Ainsi plusieurs dizaines de « crypto-sites » de poker en ligne ont vu le jour en 2017 dans le sillage de la flambée des crypto-monnaies et au premier rang desquelles le bitcoin, dont le cours a été multiplié par 13 l'an dernier. Ces salles virtuelles, en acceptant pour la plupart d'entre elles le bitcoin et l'ethereum, se positionnent de facto en dehors des régulations nationales. Pas de contrôle de l'identité des joueurs, pas de traçabilité sur les gains. Elles pourraient donc permettre à des individus ou organisations de blanchir des actifs obtenus de façon frauduleuse. 

 

Sur le circuit classique du poker, les monnaies virtuelles ont également fait leur apparition. Un grand nombre de joueurs utilisant la conversion de leurs gains en bitcoin pour tenter de masquer leurs gains au fisc. Un intérêt plus mineur de cette conversion au bitcoin résidant dans l'optique de limiter les taxes de change qui peuvent être importantes pour des joueurs voyageant énormément et se prêtant très souvent (et se remboursant parfois) de (grosses) sommes d'argent.

Enfin, les joueurs de poker sont aussi par nature des parieurs et plusieurs très grands noms tels que Vanessa Selbst, Daniel Negreanu, Mike McDonald ou le français Benjamin Pollack ont investi massivement dans les crypto-monnaies tout simplement dans le but de gagner de l'argent en misant sur une hausse de leur valeur. 


Le meilleur exemple de l'interpénétration entre ces deux cultures étant personifié par Eric Larchevêque. 


 

Cet ingénieur de formation a connu plusieurs vie. Devenu riche très jeune avec la création puis la vente des premiers sites pornographiques français, cet entrepreneur dans l'âme a ensuite investi dans l'hôtellerie en Lettonie avant d’atterrir dans le poker. Bon joueur, il a investi un temps dans la création de l'équipe professionnelle Cénacle avant de quitter la scène poker en 2010. On le retrouve ensuite concepteur d'un comparateur de prix sur mobile avant son arrivée discrète dans l'éco-système bitcoin dès 2014. 

Basée à San Francisco et à Paris, son entreprise Ledger propose aujourd'hui une solution de porte-monnaie électronique pour crypto-monnaies. 


30/07/2017

Antoine Saout, les WSOP, le fisc français

L'édition 2017 des World Series of Poker aura été historique pour le poker français, qui aura vu quatre de ses représentants réaliser un deep run au Main Event, et deux d'entre eux disputer la table finale. Benjamin MagicDeal Pollak a offert une superbe 3ème place à son sponsor BetClic.fr qui ne manquera pas de capitaliser sur cet ébouriffant résultat.

Antoine Saout et Benjamin Pollak

Mais la performance la plus incroyable revient au Morlaisien Antoine Saout, 5ème, qui réalise une deuxième table finale, huit ans après l'invraisemblable épopée qui l'avait vu terminer 3ème (pour un gain de $3.480.000)... et avoir cette-année là caressé de très près la possibilité d'une victoire. Un nouveau gain à 7 chiffres ($2.000.000) pour l'énigmatique et bourru Tonio_292, un an à peine après sa 25ème place dans le même tournoi, obtenue comme cette année sur un field d'environ 7000 joueurs.

Taquiné depuis plusieurs années par le fisc français, il semble que le gambler breton se soit installé en Angleterre afin d'échapper à l'impôt sur le revenu français. La décision de s'expatrier, logique du point de vue des joueurs, a été prise depuis bien longtemps par les principaux professionnels de poker de tournoi qui ont choisi, outre le Royaume-Uni, le Portugal, Malte et la Thailande comme destinations de prédilection.


On pourra une fois de plus disserter sur l'attitude du fisc français, qui continue encore en 2017 de cibler majoritairement les joueurs de tournoi live, en laissant toujours dans le même temps les professionnels de cash-game dans une relative tranquillité. Rétrospectivement, il serait toutefois malhonnête de critiquer sans nuance les tentatives de régulation du marché et de fiscalisation des joueurs entreprises depuis 2010. Si l'on doit légitimement s'indigner du manque de lisibilité de la doctrine fiscale en générale, et de l'aveuglement volontaire dont fait preuve le fisc en cherchant en particulier à imposer rétroactivement des joueurs manifestement perdants, il faut, pour comprendre ce zèle, se resituer dans la France du poker de 2005 à 2010.



Ainsi, Arnaud Mattern, invité le mois dernier du podcast de Radio Club Poker, a admis qu'avant la régulation du marché, les meilleurs joueurs (dont il faisait partie) réalisaient en moyenne un gain net supérieur à 100.000€... par mois en combinant leurs gains de cash-game et de sit'n'go sur le .com

Les fortunes constituées par l'élite du poker français durant cet âge d'or ne pouvaient que susciter une réaction de la puissance publique. En particulier lorsque ces fortunes se matérialisaient sous la forme d'appartements luxueux acquis en cash, de transferts bancaires à 7 chiffres, et de voiture tape-à-l’œil achetées sans recourir au crédit par des individus officiellement sans profession dans des sous-préfecture de province.

L'administration a réagi, dans sa force, son droit et sa brutalité.

01/01/2017

Exogène: (auto)biographie d'un gambler

Récemment paru sous pseudonyme, "Exogène" semble être le premier livre d'un prénommé Stéphane, originaire de Limoges. Présenté comme autobiographique, ce récit surprend autant par sa brièveté (à peine 100 pages) que par l'ampleur de la période couverte (50 ans de 1966 à 2016).


 
Si des éléments réels de la vie de l'auteur sont bien présents, on a le droit de douter de l'authenticité de l'intégralité des anecdotes et épisodes relatés. On peine en effet à croire sur parole ce personnage qui semble régulièrement victime de complots et de malveillances alors que la vie lui a pourtant appris à se tenir sur ses gardes. 

L'existence de l'auteur aura beaucoup tourné autour des jeux: d'abord le flipper, puis le billard, et enfin le poker avec comme point d'orgue une participation aux Championnats du Monde à Las Vegas. Ce récit constitue aussi l'opportunité pour lui de présenter sa philosophie toute personnelle de la vie, paradoxalement basée sur le décodage de signes et de symboles quand il se présente par ailleurs comme un stratège froid et rationnel.

L'écriture de ce livre non exempt de contradictions semble mue par une volonté farouche de prendre les autres à témoin, de pointer du doigt les néfastes et de se justifier.

Si le livre comporte des passages intéressants, de nombreux autres pêchent par qualité rédactionnelle, voire orthographique. On notera tout de même le bon travail de l'éditeur toulousain Les Editions du Mélibée, qui livre un produit de bonne facture.

10/09/2016

David Benyamine annonce son come-back !

Sollicité en vain depuis près de 10 ans par des institutions de la communauté poker comme Benjo DiMeo et Club poker Radio, Benyamine restait une icône désespérément mutique. Contre toute attente, Gaëlle Jaudon est parvenue ce mois-ci pour Live Poker à décrocher une interview de l'ange déchu du poker hautes limites et du gambling en mode no limit


Brillant, ombrageux et excessif, Benyamine a vécu plusieurs vies. Une carrière de joueur de tennis avortée en raison d'une blessure, une reconversion dans le poker où il s'est imposé rapidement comme le meilleur joueur français de cash-game, avant un exil à Las Vegas au milieu des années 2000 où il figurera dans les shows télés américains les plus prestigieux.

Au début des années 2010, c'est la descente aux enfers. S'enferrant parfois dans des bluffs monumentaux, il perd des sommes astronomiques en ne se départissant jamais de son calme olympien. Jouant à l'excès sur Internet, il perdra environ 5 millions de dollars sur FullTilt. Il estime aujourd'hui avoir été victime d'une "triche" sans vraiment étayer cette accusation.


Détenteur d'un bracelet WSOP et d'un titre WPT, le parisien âgé de 44 ans qui vit à présent à Los Angeles reste banni du circuit EPT pour d'obscures motifs et se fait toujours plus rare de ce côté-ci de l'Atlantique. On l'a dit ruiné, divorcé et dépressif. Il reprend la main pour annoncer aujourd'hui son come-back. 

Un brin assagi, en recherche de sponsor, décidé à perdre "beaucoup de poids", l'ex-gambler invétéré ne possède plus la surface financière pour s'asseoir aux tables les plus chères et jouer contre les tous meilleurs joueurs, mais il en a de nouveau l'ambition et souhaite le faire savoir.

S'il concède être "un peu fou", David Benyamine rappelle à travers cet interview que le poker reste un art dangereux. "Avec le vice et l'adrénaline du jeu, je n'ai pas su faire la part des choses dans les moments importants."  

On souhaite à ce personnage hors norme, doué pour tout ce qu'il entreprend - piano, golf, billard, etc - une rédemption à la hauteur de sa chute.

David Benyamine annonce son come-back !

Sollicité en vain depuis près de 10 ans par des institutions de la communauté poker comme Benjo DiMeo et Club poker Radio, Benyamine restait une icône désespérément mutique. Contre toute attente, Gaëlle Jaudon est parvenue ce mois-ci pour Live Poker à décrocher une interview de l'ange déchu du poker hautes limites et du gambling en mode no limit


Brillant, ombrageux et excessif, Benyamine a vécu plusieurs vies. Une carrière de joueur de tennis avortée en raison d'une blessure, une reconversion dans le poker où il s'est imposé rapidement comme le meilleur joueur français de cash-game, avant un exil à Las Vegas au milieu des années 2000 où il figurera dans les shows télés américains les plus prestigieux.



Au début des années 2010, c'est la descente aux enfers. S'enferrant parfois dans des bluffs monumentaux, il perd des sommes astronomiques en ne se départissant jamais de son calme olympien. Jouant à l'excès sur Internet, il perdra environ 5 millions de dollars sur FullTilt. Il estime aujourd'hui avoir été victime d'une "triche" sans vraiment étayer cette accusation.


Détenteur d'un bracelet WSOP et d'un titre WPT, le parisien âgé de 44 ans qui vit à présent à Los Angeles reste banni du circuit EPT pour d'obscures motifs et se fait toujours plus rare de ce côté-ci de l'Atlantique. On l'a dit ruiné, divorcé et dépressif. Il reprend la main pour annoncer aujourd'hui son come-back.



Un brin assagi, en recherche de sponsor, décidé à perdre "beaucoup de poids", l'ex-gambler invétéré ne possède plus la surface financière pour s'asseoir aux tables les plus chères et jouer contre les tous meilleurs joueurs, mais il en a de nouveau l'ambition et souhaite le faire savoir.

S'il concède être "un peu fou", David Benyamine rappelle à travers cet interview que le poker reste un art dangereux. "Avec le vice et l'adrénaline du jeu, je n'ai pas su faire la part des choses dans les moments importants."  

On souhaite à ce personnage hors norme, doué pour tout ce qu'il entreprend - piano, golf, billard, etc - une rédemption à la hauteur de sa chute.

01/01/2016

Récit d'un joueur itinérant

Jonathan Salamon a abandonné un début de carrière d'architecte en France pour partir à l'aventure en Amérique du Sud. Son idée : financer son voyage grâce au poker. S'étant constitué une confortable bankroll en grindant les tables de cash game en France et en Belgique avant le départ, l'un des enjeux de son aventure sera de trouver des parties - légales ou non -, d'y gagner de l'argent (et réussir à se faire payer!) afin de pouvoir continuer à voyager.


100% autobiographique, ce récit proche de la confession est d'abord généreux. Avec ses 475 pages dont presque un tiers de photos. Mais surtout grâce au ton du narrateur, qui ne s'épargne jamais, et qui par son honnêteté parvient à créer une relation de proximité privilégiée avec le lecteur. Et qui rend trépidantes mêmes les quelques étapes un peu moins spectaculaires de son récit.

Relatant seize mois de voyage de l'arrivée à Rio de Janeiro jusqu'en Colombie, le livre contient plusieurs centaines d'anecdotes. Au fil de ce trajet épuisant pour le corps et l'esprit, l'auteur multiplie les rencontres - amicales et amoureuses -, est amené à évaluer des risques, gérer une logistique complexe, et n'oublie jamais de mentionner les éléments culturels, et en particulier architecturaux, des lieux visités. Concernant le poker, il a été décidé de différencier formellement les chapitres techniques du reste du texte au moyen d'une encre bleue. Bonne idée, qui procure à la fois du relief au texte et qui permet de ne pas imposer aux grand public la lecture de paragraphes à réserver aux joueurs aguerris.

Jonathan et sa moto Parkinson, surnommée ainsi pour ses "tremblements"

Les photos sont prises dans un style amateur et illustrent agréablement le texte. Un regret : le parti pris - toutefois compréhensible - de ne pas révéler les visages des filles rencontrées, qui jouent un rôle central dans le voyage. Deux remarques pour l'éditeur : les cartes de début de chapitre illustrant le parcours auraient gagné à être plus détaillées pour permettre de mieux suivre le récit. Par ailleurs le livre recèle un nombre important de fautes de frappe.

Il n'en demeure pas moins que par son humanité Jonathan Salamon donne à ce récit/confession une grande valeur. L'auteur y travaille une matière humaine particulièrement riche et plusieurs analyses psychologiques livrées au fil des pages s'avèrent éclairantes.  

« Récit d'un joueur itinérant » révèle à la fois un vrai talent de conteur ainsi qu'un savoir-faire certain pour l'écriture. On attend impatiemment la suite de son aventures, à beaucoup de points de vue extraordinaire, qui nous conduira jusqu'à Las Vegas.

Editions Hugo & Doc - 19,95€

15/11/2015

Gambling, Jet-Set, Arnaques & Homicides: Arnaud Mimran très lourdement mis en cause par la justice

Si beaucoup a été fait depuis une dizaine d'années pour que le poker devienne une activité respectable, il plane toujours autour de certains joueurs une odeur de souffre, dont le sordide n'a rien à envier aux westerns les plus noirs.



Arnaud Mimran est un joueur français, connu pour sa 13ème place obtenue à l'EPT Monte-Carlo 2006, ainsi que pour avoir joué dans les cash-games les plus chers du monde, ceux de la Bobby's Room au Casino Bellagio à Las Vegas. 

En 2012 il avait annoncé sa participation au tournoi à 1 million de dollars de buy-in des WSOP 2012, avant de se rétracter. A l'instar de Thomas Fabius, il aurait laissé une ardoise de plusieurs millions de dollars dans les casinos du Nevada. 


Il fait régulièrement la une de la presse à sensation italienne pour ses habitudes de jet-setter en compagnie de top-models internationaux dans les lieux les plus hype de la planète, quand il ne vit pas tout simplement dans son loft de 400m2 avec piscine intérieure à Paris dans le 16ème arrondissement. En novembre 2012, il y avait invité Puff Daddy, Bar Rafaelli et Pharell Williams pour la Bar-Mitzva de son fils.

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Le Parisien s'est fait connaître dans les années 2000 comme joueur de cash-game dans les parties privées les plus chères de la capitale. Par l'intermédiaire du poker, il rencontre Marco Mouly, cousin de Cyrille Mouly autre joueur de poker devenu célèbre pour avoir flambé à la Bobby's Room. Il fait également la connaissance de Samy Souied, impliqué dans l'affaire de l'« arnaque aux faux encarts publicitaires ».

Egalement soupçonné de délit d'initié par l'Autorité des Marchés Financiers, Mimran va s'associer avec Marco Mouly et Samy Souied pour monter ce qui serait une monumentale arnaque à la TVA sur les échanges de quotas de CO2, qui aurait coûté à l'état près de 2 milliards d'euros entre 2008 et 2009.

Cyrille Mouly

C'est alors que les choses dégénèrent vraiment pour ce groupe de gamblers.

En janvier 2010, Cyrille Mouly prend la fuite car il se sait recherché par Interpol dans le cadre de ses activités professionnelles supposées frauduleuses.

Le 14 septembre 2010, Souied se fait assassiner devant Arnaud Mimran sur le parvis du Palais des Congrés de Paris. Mimran sera par la suite soupçonné d'avoir fait assassiner son associé, dont la venue à Paris était connue de très peu de personnes et à qui il devait des comptes dans le cadre d'un investissement financier de plusieurs dizaines de millions d'euros qui n'aurait en réalité pas été effectué.

En mars 2011 Cyrille Mouly est arrêté au Maroc, alors qu'il se rendait à un tournoi high roller à Marrakech. Incarcéré en France, il est libéré dans l'attente de son procés.

En octobre 2011, l'ex-beau père d'Arnaud Mimran, Claude Dray, est retrouvé mort à son domicile de Neuilly, sans qu'aucune trace d'effraction ne soit relevée. Mimran est aujourd'hui également soupçonné dans cette affaire.




Les années 2012 - 2013 marquent l'apogée et le faste de la vie de jet-setter d'Arnaud Mimran, alors en couple avec la top-model paragayenne Claudia Galanti

En avril 2014, Albert Taieb, proche de Mouly et de Mimran, et également impliqué dans l'affaire des faux encarts publicitaires, se fait assassiner à Paris dans le hall de son immeuble tandis que Mouly, présent sur les lieux, parvient miraculeusement à s'échapper. Celui-ci accuse aujourd'hui Arnaud Mimran d'être le commanditaire de ce meurtre qui aurait dû le viser. Mimran aurait une dette de 2 millions d'euros envers lui.

Arnaud Mimran et Claudia Galanti à Cannes en mai 2014

Le 22 mai 2014, le tribunal condamne Cyrille Mouly à cinq ans de prison. Celui-ci ne se présente pas au verdict, et repart en cavale. Il sera aperçu jouant de très grosses sommes d'argent à des tables de cash-game au Casino de Prague fin 2014. La rumeur le situe également à Macao, Amsterdam ou aux Bahamas et lui prête un niveau mondial au Pot Limit Omaha.

En décembre 2014, tout s'enchaîne. La nouvelle compagne d'Arnaud Mimran, Tamara Pisnoli, est arrêtée avec sept autres personnes pour l'enlèvement et la séquestration d'un entrepreneur romain en juillet 2013. Celle-ci est soupçonnée d'être le cerveau de l'affaire. Le même mois, Arnaud Mimran perd tragiquement sa fille de 9 mois.


Mimran et Tamara Pisnolo amusent leurs followers sur Instagram

Le 15 janvier 2015, Arnaud Mimran est lui aussi mêlé à une mystérieuse affaire de séquestration à Paris. Un banquier suisse d'origine turque est kidnappé par de faux policiers. Ses ravisseurs tentent de le forcer à passer des ordres de bourse vers des comptes à l'étranger. Mimran intervient durant la séquestration, en surgissant, visage apparemment tuméfié et également victime des kidnappeurs, dans la pièce où est retenu l'otage pour l'inciter à passer les ordres. Il aujourd'hui suspecté d'être en réalité le cerveau de l'opération, qui achoppe dans un premier temps après le meurtre d'un complice présumé de Mimran le 19 janvier. Les ravisseurs relâchent alors le banquier.

Dès le lendemain, Arnaud Mimran est arrêté, mis en examen et écroué dans l'affaire de la fraude à la taxe carbone. Longtemps après ses complices présumés, ce qui accréditerait la thèse en faisant un indicateur de la Police, ou a minima, un citoyen bénéficiant de certaines "protections".

L'histoire rebondit à nouveau car – alors qu'il est détenu -, Mimran serait parvenu à recontacter la victime de la précédente tentative d'extorsion et le convaincre d'effectuer un virement de plus de 2 millions d'euros en direction de Dubaï... somme que Mimran serait parvenu à toucher sans en avertir ses complices.



Pas encore jugé, mais remis en liberté, Arnaud Mimran sera à nouveau interpellé, mis en examen et incarcéré le 16 juin 2015 pour séquestration et extorsion de fond, en compagnie de Farid Khider, six fois champion du monde de boxe. 

Ce dernier, complice présumé d'Arnaud Mimran dans l'affaire du kidnapping, avait été condamné pour acquisition et détention d'armes illégales en 2013. En 2011, son frère avait été assassiné à Orly-ville. Farid Khider avait miraculeusement échappé à cet assassinat. 

Précisons qu'en l'absence de toute condamnation, Arnaud Mimran reste à ce jour bien entendu présumé innocent de tous les faits rapportés dans cet article.

29/08/2015

November Nine: Zvi Stern, l'outsider de Tel-Aviv

Si la table finale du Main Event des WSOP qui se jouera en novembre comporte comme à l'accoutumée une majorité de joueurs professionnels, cette année un joueur amateur semble particulièrement attirer la curiosité de la communauté poker.


Les neufs finalistes 2015. Zvi Stern tout à gauche.


Second israélien de l'histoire à disputer la table finale du Main Event – après Amir Lehavot qui finit 3ème en 2013 – Zvi Stern se présentera à la table avec un palmarès des plus modestes, même pour un joueur amateur. 

Si son activité professionnelle reste indéfinie – ou secrète – le natif de Tel-Aviv semble bénéficier d'une capacité financière importante. En effet, ce dernier arpente régulièrement le globe pour y jouer des tournois de standing... sans grand succès. En tout et pour tout deux misérables places payées, obtenues l'une en 2008 sur un tournoi mineur des WSOP et l'autre au début de 2015 au High-Roller du PCA !


Zvi "Stalling Unabomber" Stern


Si l'Israélien a adopté à table le look "Unabomber" inspiré de Phil Laak (large capuche assortie de lunettes noires), c'est pour une toute autre raison qu'il s'est fait remarquer à partir du 7ème jour de compétition. 

Zvi Stern s'est en effet attiré les critiques des autres joueurs en prenant des temps de réflexion exagérément longs, dans le but non avoué de ralentir le jeu à table pour espérer bénéficier d'éliminations des joueurs aux autres tables.  Ce procédé, proscrit par la communauté, est connu sous le nom de stalling. Utilisé par quelques joueurs de poker en ligne, cette pratique est particulièrement rare en tournoi live, et assimilée à de la triche.

Déjà assuré de remporter au minimum 1 million de dollars, l’Israélien démarrera le tournoi en deuxième position avec 30 millions de jetons et une cote de 6/1 chez les bookmakers, très loin derrière le favori Joe McKeehen, large chip leader.

28/06/2015

Nouvel éclairage sur la fin du Cercle Concorde

Il ne reste plus que trois cercles de jeu ouverts en France alors qu'on en a compté jusqu'à dix-sept seulement à Paris. Ces établissements, aux statuts juridiques baroques, presque exclusivement gérés par des Corses, ont dans un premier temps bénéficié d'appuis politiques et judiciaires au plus haut niveau de la République avant que le pouvoir politique ne décide d'y mettre un terme de façon brutale. L'édifiant témoignage de François Gouge, ex-copropriétaire du Cercle Concorde à Paris, publié par La Manufacture de Livres, permet de mieux comprendre ce moment de l'histoire du poker en France.



Banquier suisse spécialisé dans l'évasion fiscale ("ce qui fait la réputation de la place financière suisse, c'est que nous ne volons pas – du moins pas trop – nos clients"), François Gouge raconte son histoire avec un détachement qui le rend crédible. Pourtant, tous les éléments du mauvais polar y figurent : banquiers qui sentent le soufre, industriels obsédés par l'argent, politiques véreux des deux côtés des Alpes, paradis fiscaux, France-Afrique, rétrocommissions, et pour finir grand banditisme corse et règlements de comptes à Marseille. Au fil de ce récit plein de surprises, on comprend comment le narrateur, par cupidité et naïveté, perd peu à peu le contrôle jusqu'à ce qu'un enchaînement inexorable de faits le conduisent à la case prison. 




Construit comme un interview, ce récit où l'on croise de véritables personnages de romans ("on reconnaît un escroc à ce qu'il prétend systématiquement être proche d'un homme politique - et c'est parfois vrai") jette une lumière crue sur cette caste qui mêle financiers, politiques et bandits. On comprend comment les rôles se brouillent, les responsabilités se diluent, pendant que les millions passent d'un compte à l'autre - en un éclair. 

Ceux qui ont fréquenté le Cercle Concorde en 2006 retrouveront l'ambiance très particulière de cet établissement, profondément bling-bling et mafieuse à la fois. Ce livre est précieux car il permet de comprendre pourquoi les Cercles, dans leur configuration de l'époque, étaient voués à disparaître. 

Banquier: Un suisse dans le grand banditisme
François Rouge / Entretiens avec Ian Hamel
La Manufacture de Livres - 19,90€

28/03/2015

Wang Jianlin ressuscite le projet Eurovegas !

Nous annoncions sur ce blog en janvier 2014 l'abandon définitif du projet Eurovegas, énième version du serpent de mer qui vise à construire en Espagne le « Las Vegas européen ». Charlton Adelson, magnat de l'immobilier américain décidait en effet de jeter l'éponge devant les difficultés législatives, sociales et des perspectives de retour sur investissement jugées décevantes. Le projet pourrait donc une nouvelle fois renaître de ses cendres, en s'appuyant encore sur investisseur fantasque, étranger et milliardaire. Il s'agit cette fois de Wang Jianlin, qui est tout simplement l'homme le plus riche de Chine, avec une fortune estimée à plus de 16 milliards de dollars.

La première fortune chinoise se mettrait-elle au flamenco ?

Ex-soldat de l'Armée populaire de libération et membre du Parti Communiste chinois, Wang est depuis 1988 le propriétaire du conglomérat Dalian Wanda Group, spécialisé dans les hôtels et les centres commerciaux. 

Si des contacts officieux avaient été initiés l'an dernier entre le secrétaire d'état au commerce Jaime Garcia-Legaz et les hommes de confiance de Wang, les choses se sont accélérées en fin d'année avec une rencontre entre Wang et le premier ministre Mariano Rajoy. 

Nouveau propriétaire pour 256 millions d'euros de l'Edificio Espana, construction historique de Madrid située place d'Espagne, Wang est passé à l'offensive en début d'année sur le projet Eurovegas, promettant un investissement de 3 milliards d'euros et assurant que la balle était à présent « dans le camp de l'état espagnol ».

L'Edificio Espana, passé sous pavillon chinois en 2014

Si ce projet est bien plus modeste que celui initialement évoqué par Adelson avant de faire machine arrière, les liens entre Wang et l'Espagne laissent présager d'une issue plus prometteuse. En effet, ce dernier vient de finaliser l'achat de 20% du capital du club de football de l'Atlético Madrid, champion d'Espagne en titre.

04/01/2015

David Einhorn all-in contre les finances publiques françaises

Il y a quelques semaines, un américain faisant autorité dans les milieux financiers, a pris la parole pour dresser un tableau particulièrement sombre de l'économie française et plus encore de ses perspectives à court terme. 

 
 David Einhorn, côté business

David Einhorn, patron de hedge fund américain, est connu par exemple pour avoir prédit l'effondrement de la banque Lehman Brothers en novembre 2007, bien avant la crise des subprimes et la soudaine faillite de la banque aux 26.000 salariés le 15 septembre 2008. Par ailleurs, son fond, Greenlight Capital, aurait généré 20% de rentabilité à ses clients depuis sa création.

Ce renard de la finance n'est pas un inconnu pour les amateurs de poker. Engagé au Main Event des World Series of Poker 2006, il termina 18ème sur un total record de 8.773 inscrits encaissant au passage $659,730... somme qu'il s'empressa de reverser à une association caritative.

Einhorn côté poker, version 2006

En 2012, il fut l'un des 48 participants au fameux tournoi "Big One for One Drop" à un million de dollars des WSOP, qu'il finit 3ème, ajoutant $4,352,000 à ses gains en tournoi, vite reversés à diverses charities.

Einhorn (centre), posant lors de la TF du One Drop (WSOP 2012)

Il est à espérer pour le futur de l'économie française que le milliardaire de 47 ans sera moins clairvoyant cette fois qu'il l'a été par le passé, dans ses affaires comme au poker.

22/11/2014

Fin de partie pour le Cercle Cadet et le Nîmes Olympique ?

Le 20 novembre 2014, Serge Kasparian, principal actionnaire du club de football Nîmes Olympique aurait avoué au moins trois tentatives de trucage de matches de ligue 2 au printemps 2014. Mis en examen pour «corruption active et passive de personnes dans le cadre de manifestations sportives», il fait encourir à son club pas moins que la perte de son statut professionnel, c'est-à-dire peu ou prou sa disparition.


Un nouveau sponsor est apparu cet été sur le maillot des Nîmois


Cette figure de la communauté arménienne est tout sauf un inconnu dans le monde du poker. En effet, c'est lui qui avait racheté en 2010 le Cercle Concorde, club parisien fermé en 2007 pour cause de soupçons de blanchiment d'argent et de trop grande proximité avec le grand banditisme corse. Renommé Cercle Cadet, il n'aura pas fallu beaucoup de temps pour que les travers de la gestion précédente ne refassent jour. Serge Kasparian a en effet été mis en examen, toujours pour blanchiment, écroué puis placé en détention provisoire le mois dernier. Le cercle, lui, a été fermé le 14 octobre à la suite d'une perquisition spectaculaire de la brigade des jeux.




Dans les deux cas, ce mal endémique du jeu qu'est la triche, aura ruiné la réputation d'institutions potentiellement respectables, gâché le plaisir d'amateurs de jeu et de sport, et fait perdre leur emploi à un nombre significatif de salariés, victimes collatérales de la mégalomanie et du sentiment de toute-puissance d'une caste d'affairistes pour qui le respect et l'honneur s'avèrent au final n'être que des concepts très théoriques.

04/10/2014

L'ACF dans le viseur de Manuel Valls

104, avenue des Champs-Elysées; 200 employés dorénavant au chômage

Le 16 septembre dernier, la police a perquisitionné au petit matin le plus prestigieux cercle de jeu parisien, l'Aviation Club de France. Sur place, avenue des Champs-Elysées, les fonctionnaires ont confisqué une somme de 2,2 millions d'euros en liquide. Dix personnes ont été interpellées et quatre mises en examen pour travail dissimulé et abus de confiance, dont le directeur de l'établissement Marcel Francisci.

Ce dernier, actuel conseiller général Corse, est le fils d'un ancien gangster de la French Connection assassiné en 1982, par ailleurs lui aussi conseiller général Corse de son vivant. Ironie du sort : l'ACF est actuellement présidé par Charles Pellegrini, ancien directeur de l'antigang au sein de la Police Nationale.

 Marcel Francisci est également président de l'UMP en Corse du Sud

On prête à Manuel Valls, ex-ministre de l'intérieur, l'intention d'en finir définitivement avec les cercles de jeu parisiens, dont l'ACF est le septième qui se voit au moins temporairement fermé après les cercles Concorde (2007), Eldo, Haussman (2011), Wagram, Frochot et Clichy-Montmartre (2012). Une circulaire ministérielle particulièrement contraignante serait en préparation et remettrait en cause le statut associatif des cercles de jeu hérité du décret du 5 mai 1947, période où les résistants corses s'étaient vu confier la gestion de ces établissements. Le gouvernement souhaiterait transférer le marché parisien du jeu aux casinotiers, pour le moment interdits d'opérer dans Paris intra-muros.

29/06/2014

Mort de Joannes Strassmann


Le corps de Joannes Strassmann a été retrouvé sans vie vendredi 27 juin près de la rivière Ljubljanica en Slovénie, six jours après l'annonce de sa disparation. Si de nombreuses zones d'ombres subsistent, l'hypothèse d'un accident reste à ce stade privilégiée.

Agé de 29 ans seulement, résidant à Vienne, Johannes Strassmann faisait partie de la première vague de joueurs allemands ayant réalisé de grosses performances en tournoi. A l'origine joueur de Starcraft, il passa professionnel de poker en 2006 et réalisa l'essentiel de ses performance sur le circuit EPT entre 2007 et 2010. Sur la seule année 2008, il cumulera plus de 600,000$ de gain en disputant trois tables finales EPT: 6ème à Dortmund, 7ème à Londres, 9ème à Monaco. Un record.

Vue de la rivière Ljubljanica en Slovénie

A partir de 2010 il évoluera peu à peu vers le coaching, créant le site pokercoaches.com. Si Boris Becker fut son élève le plus médiatisé, sa plus grande réussite restera bien entendu le coaching de Pius Heinze, qui deviendra champion du monde WSOP en 2011. De retour depuis seulement quelques mois sur le circuit live, sa dernière performance sera une 50ème place obtenue, moins de deux mois avant sa mort, au Main Event de la grande finale EPT de Monaco. 

 Heinze, champion WSOP 2011. Son coach Strassmann en 3ème position à partir de la gauche.

Johannes Strassman restera dans l'histoire du poker comme un tacticien fin et élégant.